Une sculpture pour Serres

Histoire d’une sculpture, sincèrement ré-inventé.

Aujourd’hui, c’est une oeuvre « intérimaire », se montrant à peine, qui semble désirer s’effacer plus que de se montrer aux passants. Le galet gris, perché 12 m au dessus du lit du Buëch, passe inapperçu au sommet de la tige de fer tor de 45mm de diamètre. Qui a remarqué la phrase gravée dessus?

Cette pierre, posée et gravée, est de passage.

Cédric Rouzé, l’auteur de cette oeuvre, s’explique : « Pris par surprise, peut de temps avant la « livraison » de l’installation, dans le cadre de ma résidence d’artiste, il a fallu faire une pirouette pour ne pas « éteindre » l’oeuvre en devenir : jusqu’au dernier moment tout peu changer… Ici, c’est l’emplacement prévu qui a été modifié deux semaines avant l’installation. Certaines parties de l’oeuvre n’ont pas pu résister à ce changement. D’autres restaient pertinentes. Le principe de pendule et de potence permettra de faire émerger du vide la sculpture. Le 11 septembre, il a donc été installé et scellé au nouvel emplacement. La représentation d’une tour réalisée en petites pierres, perchée sur un galet, évoquant l’ancien château, elle, n’avait plus de sens. Elle s’offrait au regard depuis le banc de la place. Lieu propice à la contemplation. Elle devait s’ajuster au nouveau contexte, plus « agité » et « condensé ». La pierre actuelle, empruntée au Buëch, a elle, été enchâssée sans scellement au sommet de la tige avec cet épigraphe : « POUR UNE FOIS ICI EST LÀ ». Il était question (sans le savoir encore) de garder des marges de manoeuvre , du jeu possible pour une suite. »

Le nouveau contexte.
À quelques mètres du précédent emplacement, tout est très différent! À la naissance du pont qui franchi le Buëch depuis la place de la Liberté, la circulation piétonne fréquente de près celle des voitures. La hauteur du trottoir sépare des automobiles et un parapet en pierre, des 12 mètres de vide où coule au fond le Buëch. C’est LE lieu où les circulations du village sont les plus mélées, les plus intenses. Ici, tout est courant, plus ou moins rapide, plus ou moins puissant. Tout est de passage. À  quelques pas de la place de la liberté, cet entonnoir urbain invite à « circuler, il n’y a rien à voir!« .

Chaque été, un phénomène renverse les rapports de vitesses habituels : un embouteillage se forme et les automobilistes deviennent à la fois auteur et victime de cette création collective. Le bouchon de Serres est anciens. Il est né des va-et-vients des vacanciers entre la mer et la montagne. Dans ces moments là, les voitures passent à l’alure d’un escargot. Le temps subit permet alors, peut-être, de voir…

Faire signe à cette nouvelle situation. L’énigme de l’escargot.

Ici, tout s’écoule.

(suite à venir)