« C’est cela qu’offre la pensée de Luisa. C’est une sorte de créativité qui advient sous forme d’écoute. Alors qu’Amériga forçait la pensée à obtenir un rendement, Luisa permettait aux pensées de la forêt de résonner un peu plus librement au moment où elles la traversaient. » (Eduardo Kohn, « Comment pensent les forêt », p.236)

« Dans le torrent du Boscodon, comme un sablier, le massif du Morgon s’égrène « pierre à pierre » vers la mer. En voyage, elles s’informent, ensembles. Sculpture par entrechoques, la nuit des temps comme espace de réduction : devenir galet.

Dans le lit du torrent, elle m’a sauté aux yeux. Je l’ai cueilli, détourné de son pèlerinage anéantissant. Je n’en ai jamais retrouvé de si belle : celle-ci ne présente aucune ligne de faiblesse, dans cette roche sujette aux fissures. Dense, homogène, sans faille. Sa rondeur : des millénaires de résistance têtue, une condensation d’amour du temps. Je l’ai porté dans mes bras plusieurs centaines de mètres dans ce lit instable. Elle était lourde, sans prise pour les doigts, mais tellement belle… l’extraterrestre… Mon ventre s’en souvient. À l’atelier, elle est restée plusieurs mois, muette, à terre.

Soudain, j’ai « vu ». L’évènement que fît une goutte pénétrant sa surface, transforma à l’arrière de mes yeux, le solide en liquide. En polissant, sa profondeur est remontée à la surface : sombre, verte, pailletée d’or. Au moment où « garder » et « retirer » ont cessé de se battre, la forme s’était trouvée : une manière de recevoir la lumière, la qualité d’un reflet, simplement, pour l’éternité, donner une forme au silence. »

Boscodon le 4 janvier 2024